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 ❝ (...) enflammant de mon être la peine jamais éteinte. ❞

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MessageSujet: ❝ (...) enflammant de mon être la peine jamais éteinte. ❞   Lun 7 Nov 2011 - 4:55

La Nouvelle-Salem était une ville étonnamment paisible. Hunter s'en étonnait chaque matin, tant cette vision différait des flashbacks chaotiques qui s'imposaient à lui parfois. Il avait beau tenter de les refouler, d'avancer, d'oublier... les images du passé se superposaient à son présent. Un passé dont il avait honte. Ses yeux se perdirent dans le liquide sombre qui tournait au fond de sa tasse, ses traits se durcissant inconsciemment. Une main glissa dans ses mèches sombres et lui secoua la tête, avec un mélange de douceur et d'énergie qui le tira efficacement de ses pensées. Il f de son mieux pour esquisser un léger sourire en reconnaissant là un geste de Charlotte.

« Encore en train de rêvasser? » – lança-t-elle d'un ton léger avant de se verser une tasse de café. S'il avait été aussi expressif que dans son enfance, sans doute aurait-il esquissé une moue coupable.
« Du tout. Je pensais juste à la formidable journée qui m'attend. » Elle hocha lentement la tête, compatissante, et il serra les mains autour de sa tasse. Autant sa présence était pour lui un réconfort, autant ce flot de pitié qu'elle déversait parfois sur lui l'horrifiait. C'était l'inconvénient de partager ses peines avec autrui. Tant qu'à faire, il n'était pas certain de savoir s'il était heureux qu'elle le comprenne en quelques mots ou s'il aurait préféré qu'elle n'eût rien su. Mais dans le deuxième cas, il n'aurait tout simplement eu aucun allié à Nouvelle-Salem ― il n'aurait pas vraiment gagné au change.
« Cas difficile? »
Si seulement, songea-t-il avec un sourire amer. Les clients compliqués, il pouvait les gérer.
« Rendez-vous difficile, corrigea-t-il. Une pause. Mon père. »

Il devait avoir une sorte de handicap sentimental ― sinon, comment expliquer que ses lèvres semblaient se fixer l'une à l'autre lorsqu'il abordait certains sujets qu'il estimait trop personnels? Elle sembla comprendre, puisqu'elle se contenta d'une grimace éloquente. Parfois, il se demandait pourquoi elle s'acharnait à vouloir l'aider. Peut-être aimait-elle les cas difficiles. À peine cette pensée lui eut-elle traversé l'esprit que son regard était comme attiré par l'escalier menant à l'étage où se trouvaient les chambres de Charlotte et de sa nièce.

« Casey dort encore? »
Crétin. Il était excessivement tôt, pourquoi n'aurait-ce pas été le cas? Lui avait toujours eu du mal à trouver le sommeil; mais si les nuits étaient un calvaire pour lui, ça ne voulait pas dire que c'était le cas de tout le monde. Le regard qui lui fut rendu était particulièrement suspicieux; la femme pinça les lèvres, méfiante.
« Je te connais, Hunt'. N'y pense même pas. »
« Je n'avais aucune arrière pensée », se sentit-il obligé de préciser, mais il avait l'impression que le sang avait déserté son visage.

Non qu'il soit un coureur, ou quoi que ce soit du genre : il n'avait connu que deux femmes de toute sa vie, et à bien y réfléchir, il s'en serait volontiers passé. Le long soupir que poussa son interlocutrice lui fit craindre une longue discussion, des remontrances ou pire : de nouvelles tentatives de le psychanalyser de façon plus ou moins poussée.

« Elle lui ressemble, n'est-ce pas? Et voilà. Il ne pouvait pas y couper. Un nouveau coup d'oeil vers l'escalier pour s'éviter l'une de ces scènes exaspérantes que l'on voyait trop souvent dans les films; par chance, la concernée ne se trouvait pas au détour du couloir et ne risquait pas d'entendre quoi que ce soit de gênant. Hunter resta muet, espérant vainement que ce flagrant manque de collaboration convainque la femme de parler d'une traite et de le laisser partir ensuite, mais elle était têtue. Et elle attendait une réponse. Haussement d'épaules détaché ― c'était une réponse, oui, même si elle pouvait tout aussi bien vouloir dire « oui, terriblement » que « bof, pas tant qu'ça. » Charlotte s'en contenta, et il fut soulagé qu'elle ne l'oblige pas à avouer tout haut cette évidence. Elle secoua la tête, soudain énervée.
« J'aurais dû y penser quand je t'ai proposé de t'installer ici. Bon sang, où avais-je la tête? Merde. Où étaient passées les réprimandes et les menaces? J'imagine que la situation ne doit pas être facile pour toi... Casey est vraiment le portrait craché de sa cousine au même âge. Mais... Hunter. Elle délaissa son déjeuner pour planter son regard brun dans celui du jeune homme, sans ciller. Ne l'approche pas. Je t'apprécie énormément et tu le sais, je t'ai accueilli comme un fils ou un ami proche. Mais elle est ma nièce, et elle est plus fragile qu'elle ne le montre. Je ne permettrai pas que tu l'utilises comme substi– »
« Il n'a jamais été question de ça », l'interrompit-il. Il ne voulait même pas l'entendre émettre à voix haute une telle absurdité. Il n'avait pas besoin d'un substitut alors que l'original vivait dans la même ville. Il n'avait absolument pas besoin de se replonger dans tout ça, d'une manière ou d'une autre. Charlotte sembla décider de lui accorder le bénéfice du doute.
« Tant mieux. Parce que dans le cas contraire, j'aurais été obligée de te mettre à la porte. Hors ni toi ni moi ne voulons ça, n'est-ce pas? »

Il n'eut pas le loisir de répondre : Casey venait d'apparaître à l'entrée de la pièce. L'appétit coupé, Hunter profita du temps qu'elles s'accordèrent pour se saluer pour se redresser, laver rapidement sa vaisselle sale et lancer un bref « à ce soir » avant de disparaître.


La journée s'était avérée aussi agréable qu'il l'avait craint. Ce premier face à face avec son père avait été particulièrement tendu, et il se sentait vraiment lâche de n'avoir pas été capable de lui cracher au visage combien il trouvait ses agissements bas et et ses méthodes révulsantes. Non, il s'était contenté d'écouter les recommandations qu'il avait à lui faire, d'employeur à employé, comme s'il n'avait pas le type dont le propre père avait ruiné la carrière pour l'obliger à se plier à sa volonté. D'autres pères battaient leurs enfants, les violaient, les tuaient. Pouvait-il réellement se plaindre que le sien régisse sa vie? Hunter coupa le contact, se décidant enfin à quitter l'habitacle de la voiture. Leur vieille voisine, dont la peau outrageusement ridée dessinait une multitude de plis, le fixait avec curiosité depuis les vingt dernières minutes avec l'air se demander pourquoi il ne se décidait pas à rentrer chez lui. Il fit mine de ne pas la voir en passant devant elle et ne se sentit pas coupable de ne pas lui rendre son salut : il détestait ces gens à l'affut de racontars concernant la vie d'autrui. Si son existence lui paraissait trop morne, pourquoi n'allait-elle pas se planter au milieu de la rue pour ressentir une quelconque poussée d'adrénaline? Ce serait suffisamment intense pour calmer sa soif de nouveautés et elle serait enfin bien placée pour parler, en tant que principale héroïne de l'action.

La clé tourna dans la serrure sans rencontrer la moindre résistance et sans qu'un déclic ne retentisse ― la porte était ouverte. Charlotte n'était pas rentrée, il le savait pour l'avoir écoutée déblatérer au sujet de son programme de la journée, le matin même. Cela ne signifiait qu'une chose : Casey avait fini les cours et était déjà de retour. Il eut un instant d'hésitation, se demandant s'il ne devrait pas mieux aller perdre du temps au centre-ville en attendant le retour de la propriétaire des lieux pour éviter de se retrouver seul à seule avec la nièce de cette dernière, mais c'était stupide... il ne pourrait pas l'éviter indéfiniment.

Il fut soulagé de ne pas la croiser en entrant. Avec un peu de chance elle était enfermée dans sa chambre et ils ne se verraient pas avant le souper.. Sa supposition tomba à plat lorsqu'il l'aperçut près de la piscine, à travers la baie vitrée qui coupait la salle à manger du jardin. Le bon sens aurait voulu qu'il se détourne immédiatement et aille s'occuper ailleurs... mais il avait été à sa place, un jour, en compagnie d'une autre. Kessy. Comme à chaque fois que son prénom retentissait dans son esprit, il suffoqua sous la sensation d'une main lui enserrant durement le cœur et se maudit pour ça. Que n'aurait-il pas donné pour être simplement... indifférent? Hunter s'appuya d'une main contre la vitre en serrant les paupières, tentant de se convaincre que cette ressemblance frappante ne signifiait rien; mais son esprit était déjà entraîné ailleurs, et les éclats de rire raisonnaient douloureusement à ses oreilles. Ils semblaient presque réels. Lorsqu'il parvint à retrouver son calme et qu'il releva la tête, ce fut pour croiser le regard surpris de Casey qui l'avait finalement remarqué. Absolument parfait, il ne lui manquait vraiment plus que ça. À tous les coups elle penserait qu'il l'observait – ce qui n'était pas tout à fait faux... – et le prendrait pour un vieux pervers. Mais il n'était pas sûr de pouvoir l'affronter, que ce soit pour faire face à des reproches ou à une tentative de discussion. Fort de cette certitude, il opta pour faire comme si de rien n'était et s'éloigna le plus simplement du monde de la baie vitrée en priant intérieurement pour qu'elle se contente de rester à distance.
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MessageSujet: Re: ❝ (...) enflammant de mon être la peine jamais éteinte. ❞   Dim 13 Nov 2011 - 20:40




    La journée a été simple, sans rebondissement ou fait marquant venant l’animer. Je commence à croire sérieusement que cette ville est figée dans une certaine routine qu’il est impossible de briser. Remarque ce n’est pas plus mal. J’ai eu ma dose de chose sortant de l’ordinaire… C’est avec cette pensée amère que je rentre chez moi. Je suis la première, pas étonnant non plus de ce côté-là. Je balance mon sac par terre dans l’entrée et je fil vers le canapé sur lequel je me laisse tomber de tout mon poids. Je dormirai bien tient ! Mon j’ai conscience que ce n’est pas le bon endroit pour ça. Pas que dormir sur un canapé me dérange, mais je sais qu’hors de mon lit, les cauchemars m’assaillent. Pour lutter contre eux, j’ai ma petite pierre sous mon oreiller, or si je me lève pour aller la chercher, autant m’allonger sur mon lit directement, et là je m’endormirais pour me réveiller en pleine forme vers minuit et je serais crevée demain. Mauvais plan en gros. Il fait encore bien jour et assez beau pour la saison, mon regard qui fixe le ciel glisse jusqu’à la piscine et un petit sourire vient animer mon visage. Je me lève du canapé qui me tentait trop jusque là et je décide de sortir dans le jardin. Puisqu’il n’y a personne à la maison – je ne parle pas vraiment de Charlotte… mais de notre locataire – je vais pouvoir m’amuser un peu en m’exerçant. Pas à une quelconque chorégraphie pour les Cheerleaders, mais à mon don tenu secret.

    Je m’agenouille devant la piscine et je fixe l’eau qui reste immobile. Méfiez-vous de l’eau qui dort dit-on. Un nouveau sourire passe sur mon visage. J’aime l’eau. Je l’aime d’autant plus que j’ai une certaine affinité avec elle, je peux faire pas mal de chose avec, des choses qui semblent simples mais que d’autres aurait plus de mal à accomplir. Je pose ma main au dessus d’elle, à quelques centimètres pour ne pas la toucher. Je ferme les yeux et je me concentre, récitant une phrase en boucle à voix basse. J’ouvre les yeux et je constate avec satisfaction qu’une goûte s’est élevée à mi chemin entre le reste de l’eau et ma main. C’est un sentiment agréable d’accomplissement, mais ce n’est pas suffisant. Je referme les yeux et je recommence mon petit rituel. J’attends un bon moment avant de laisser mes paupières se lever et là, je peux voir une petite flaque en suspend, attendant que j’en fasse ce que je souhaite. Je fais bouger mes doigts lentement et la flaque se dissipe en laissant retomber des goûtes. Une mini pluie en sommes. Ce petit tour m’amuse mais très vite, je me sens déconcentrée. L’eau retombe immédiatement et je tourne le regard vers la maison. Mes sourcils se froncent en voyant qu’on me regarde par la fenêtre. Il s’agirait de Charlotte encore, il n’y aurait aucun souci, mais c’est Hunter qui est planté là. J’espère qu’il n’a rien vu… Normalement, mon dos doit l’avoir empêcher de remarquer quoi que se soit, mais je ne peux pas en être totalement sûre et ça m’irrite.

    Je choisi de rentrée. Je passe devant Hunter comme si de rien n’était. Je prends mon téléphone, je regarde si j’ai un message ou si on a essayé de me joindre, juste pour garder le silence et lui laisser le temps de poser des questions s’il a vu quelque chose, je ne vais pas le mettre moi-même sur la piste en lui demandant ce qu’il a vu ! mais rien ne vient, alors je décide d’attaquer sagement parce que tout de même, je n’aime pas qu’on m’espionne.

    « Je ne savais pas que le voyeurisme faisait parti des passe-temps des personnes ayant reçu ton éducation. » Dis-je en me tournant vers lui pour le transpercer de mon regard.

    Il n’a pas l’air de vouloir sortir de son mutisme et ça m’agace un peu plus. Il pourrait au moins faire l’effort de me répondre !

    « Dure journée ? Tu as vu ton père c’est bien ça ? Je demande de façon purement rhétorique tout en croisant les bras et en m’adossant contre un mur nonchalamment. Pauvre de toi… c’est vrai que d’avoir un père qui tient à tout prix à régir sa vie ça doit être difficile à supporter. C’est pas comme si il avait décidé de massacrer tous ceux que tu aimais. » Je lâche avec une ironie non masquée.

    Je me rends compte que je suis peut-être allée trop loin. Trop loin de quoi ? Je suis certaine qu’il se plaint de son papa trop envahissant et qu’il pleurniche alors que d’autres ont vécu bien pires ! Je n’en reviens quand même pas d’avoir fait allusion à ma propre histoire comme ça. C’est la première fois en trois ans que ça arrive.
    Mon téléphone sonne et c’est ce qui me sauve de cette situation dans laquelle je me suis mise toute seule. Je décroche, c’est Charlotte. La discussion est brève et très peu de mots sortent de ma bouche avant de finalement raccrocher.

    « C’était ma tante. Elle va rentrer tard alors ce soir, c’est livraison à domicile ! »

    Je me dirige vers un buffet et je prends une boîte en bois noire que j’ouvre pour en retirer un peu d’argent. J’en tends à Hunter sans oublier d’y aller de mon petit commentaire.

    « Tiens, commande c’que tu veux mais n’essaie pas de gratter pour te doper ! Charlotte sait exactement combien y’a là-dedans et trop disparaît, elle fera vite le rapprochement. J’imagine que tu sais qu’elle ne veut pas d’un drogué sous son toit ? »

    N’allez pas imaginer que je me suis rencardée avec les journaux à scandales ou même ceux se prétendants plus sérieux. Je suis simplement observatrice et à l’époque où je fréquentais Hunter, je savais qu’il se droguait… même si j’étais jeune, je n’étais pas stupide pour autant.

    « Au faite… c’est pour ça qu’elle a menacé de te mettre dehors ce matin ? Oui j’ai entendu ses petites menaces. A moins que ce soit parce que t’as ramené ou essayé de ramener une fille à la maison. La règle est stricte : ‘pas de personne du sexe opposé dans la même chambre que toi.’ Enfin je pense que c’est différent pour elle. Et c’est un peu vache pour toi, t’es adulte alors bon… »

    Je hausse les épaules comme si ce que je viens de dire m’est finalement complètement égale. Je suis un peu contradictoire parfois…




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MessageSujet: Re: ❝ (...) enflammant de mon être la peine jamais éteinte. ❞   Lun 14 Nov 2011 - 4:24

Cinq ou six ans, ça n’avait rien d’énorme. Mais à l’adolescence rien ne ressemble autant à un gouffre que quelques années, et Hunter avait toujours vu Casey comme une petite fille. Une petite fille joyeuse et éblouissante de vie, qui l’avait charmé à sa façon. Son bonheur, la facilité avec laquelle elle s’ouvrait au monde et aux autres ― autant de choses qu’il se croyait incapable de ressentir avec une telle vivacité. Elle avait la famille parfaite. S’il avait été un poil plus égoïste, sans doute lui en aurait-il voulu pour cette injustice dont elle n’était pourtant même pas réellement coupable. Mais ça n’avait pas été le cas. Durant quelques mois, elle avait fait partie du décor au sein duquel il retrouvait Kessy, et cela avait été suffisant pour que la petite Casey soit associée à l’image d’un rayon de soleil dans son esprit torturé. Mais de ce qu’ils avaient tous deux connu, de ce qu’ils avaient « partagé » ― si tant était que l’on puisse voir les choses de cette façon ― il ne restait désormais plus rien, si ce n’étaient des « pourquoi? » sans réponse. Pourquoi cette fin grotesque pour une idylle qui le hantait encore? Telle était sa question à lui; celles qui concernaient la jeune femme qu’était désormais sa colocataire étaient tout autres.

Il avait été surpris par sa présence chez Charlotte. À vrai dire, il ne l’avait même pas reconnue au départ, tant elle avait changé : de sa joie d’antan, nulle trace. Casey était l’ombre maussade de son passé. Et puis les jours s’étaient succédé; elle était restée. Il ne s’agissait donc pas de l’une de ces visites qu’elle rendait régulièrement à sa tante. Hunter avait cédé à l'envie de questionner la dite tante, qui s’était finalement rendue compte que non il ne pouvait pas savoir : entre new-York et ses drames personnels, il ne s’était pas beaucoup soucié des nouvelles de la ville qu'il avait laissée derrière lui, ces dernières années. Et pourtant, cette histoire, tous les habitants de l’endroit la connaissaient trop bien : un père parfait qui, pris d’une incompréhensible crise de folie, décime la quasi-totalité de sa famille ― ce n'était pas quelque chose qui passait inaperçu. Avec cynisme, Hunter s’était dit que les journaux n’avaient probablement jamais dû vendre aussi bien que les jours ayant suivi la tragédie. Casey vivait donc chez sa tante. En permanence. Avec ses traits calqués sur ceux du cauchemar vivant de Hunter.

Inutile de préciser que le crédo entre eux avec été quelque chose comme « silence radio », ponctué de coups d’œil à la dérobée ― plus ou moins discrets ― et de « tu peux me passer le sel? » entre deux plats. C’était très bien comme ça : ils ne s’étaient pas assez bien connus pour qu’il l’approche dans le but de lui adresser sa sympathie concernant son histoire, et chacune de ses apparitions devant lui était douloureuse, comme un coup au cœur. Il encaissait… et tournait les talons. Parce qu’il avait appris à fuir, et que c’était sa meilleure arme contre les souvenirs. Fuir : c’était ce qu’il avait choisi de faire une fois de plus. Elle l’avait vu l’observer de loin, une fois de trop sans doute, et s’était empressée de rentrer pour… pourquoi? Et une question de plus. Mais elle semblait elle aussi devoir rester sans réponse, car il n’y eut pas de règlement de compte : Casey s’était contentée de passer devant lui sans mot dire... à son grand soulagement. Pourvu que ça dure. Il était passé de la cuisine au salon, s’était assis dans un canapé avec, sur les genoux, des dossiers ― pour changer ―, et faisait comme s’il ne se rendait absolument pas compte de son agitation. Après avoir trifouillé dans son téléphone, l’air de rien, elle finit cependant par s’adresser à lui.

« Je ne savais pas que le voyeurisme faisait parti des passe-temps des personnes ayant reçu ton éducation. Froissement de papier. Le visage glacé, il tourna une page sans la regarder, alors même que ses yeux subitement posés sur lui étaient comme une brûlure assassine. Elle les avait brun clair, deux lacs chocolatés qui n’avaient pourtant rien de tendre. Ceux de Kessy étaient bleu-vert, semblables aux reflets de l’eau. Et malicieux, joueurs, tout le temps. Comme si la vie était une immense farce qu’elle s’amusait à pimenter sans cesse, au dépend des autres. Il pouvait respirer. Hunter suspendit néanmoins son geste, fronçant les sourcils en regardant sans la voir une ligne noire tracée sur le papier blanc ― qu’était-ce que cette réflexion stupide à propos de couleurs d’yeux tout aussi.. stupides? Dure journée ? Tu as vu ton père c’est bien ça ? Il se crispa. D’où est-ce qu’elle tenait ça? Pauvre de toi… c’est vrai que d’avoir un père qui tient à tout prix à régir sa vie ça doit être difficile à supporter. C’est pas comme si il avait décidé de massacrer tous ceux que tu aimais. » Refermant doucement le classeur, il leva vers elle un regard curieux en se demandant si elle avait réellement escompté aborder ce sujet-là. D’autres auraient probablement été mal à l’aise, et se seraient mis à chercher mentalement quelques phrases de réconfort toutes faites pour combler le silence déplaisant qui ne pouvait que suivre. Hunter avait traité quelques cas de ce genre, lui, et ce fut avec la distance et le stoïcisme que lui imposait son métier qu’il croisa les mains sur la couverture froide, attendant patiemment qu’elle se livre un peu plus et lui donne les informations manquantes pour la compréhension du cas. Déformation professionnelle mal venue : il ne s’agissait pas d’un cas. Seulement d’une adolescente visiblement à bout de nerfs, à cause de lui. Il n’y avait pas de plaidoirie à préparer, pas de jury à convaincre; tout cela, elle l’avait déjà traversé, peut-être à une époque où il avait été à des lumières de penser qu’il exercerait un jour un tel métier. Et il n’y aurait pas plus de confidences. Le téléphone sonna, la sauvant d’une potentielle explication concernant ses derniers mots, et elle sauta sur cette occasion inespérée de se défiler.

« C’était ma tante. Elle va rentrer tard alors ce soir, c’est livraison à domicile ! Elle ne savait pas cuisiner? Il se passa pourtant du moindre commentaire, observant d’un œil dubitatif la boîte qu’elle lui mit sous le nez. Tiens, commande c’que tu veux mais n’essaie pas de gratter pour te doper ! Charlotte sait exactement combien y’a là-dedans et trop disparaît, elle fera vite le rapprochement. J’imagine que tu sais qu’elle ne veut pas d’un drogué sous son toit ? Elle savait où frapper, la garce. Hunter serra la mâchoire si fort qu’il était certain que cela devait se percevoir, mais il releva lentement les yeux vers elle, certain d'autre chose surtout : il ne voulait pas lui faire le plaisir de s'énerver. De toute façon, elle n’avait pas besoin de lui pour continuer son monologue. Au faite… c’est pour ça qu’elle a menacé de te mettre dehors ce matin ? Oui j’ai entendu ses petites menaces. A moins que ce soit parce que t’as ramené ou essayé de ramener une fille à la maison. La règle est stricte : ‘pas de personne du sexe opposé dans la même chambre que toi.’ Enfin je pense que c’est différent pour elle. Et c’est un peu vache pour toi, t’es adulte alors bon… »

La discussion venait de changer diamétralement d’angle, mais elle frôlait de trop près un sujet délicat pour qu’il se permette de répondre. Venait-elle réellement de lui faire l’honneur d’une ébauche d’attitude compréhensive? Après autant d’attaques, c’était un revirement étonnant.

« Il faut croire que nous sommes tous un peu espions à nos heures. C’est une habitude, chez toi, de te cacher pour écouter les conversations des adultes? Hunter se mordit la langue pour se retenir d’ajouter quoi que ce soit qui pût envenimer la situation et entrainer une réelle dispute, préférant poser négligemment sur la table basse le dossier dont il avait entamé ― ou pas ― la lecture un instant plus tôt. Préparation maison, ça te tente? Ne t’en fais pas, j’éviterai le poison. Le venin de ta langue l’annihilerait de toute façon, ajouta-t-il en se redressant, saisissant au passage la veste qu’il avait abandonnée sur le dossier du canapé pour tirer un porte-monnaie de la poche intérieure. Pour les ingrédients, sourit-il d’un air moqueur en glissant un billet dans la petite boîte noire. Au cas où ta tante connaîtrait aussi par cœur sa réserve de nourriture. »

Sur ces mots, il la contourna pour retourner à la cuisine sans attendre de réponse de sa part. Pas de coke pour relever le goût du repas, par contre. Tu m’excuseras de me montrer radin, je suis en rupture de stock depuis quelques années, reprit-il en jetant un coup d’œil à l’intérieur du réfrigérateur avant de vérifier le contenu d’un des placards situés au ras du sol. Le fait de cuisiner était pour Hunter un mélange de bons comme de mauvais souvenirs. En fait, il vivait beaucoup trop dans le passé. Il n’y avait pas un geste qui ne le propulse plusieurs années en arrières, pas un lieu qui ne soit teinté de regrets. À croire qu’il avait épuisé tout le stock d’expériences qui lui avait été attribué à la naissance et qu’il avait vieilli trop vite.

Des pommes de terre*. Pourquoi pas. Il en prit quelques-unes, prit le temps de les rincer puis sortit un éplucheur et un couteau, proposant le premier à Casey. Tu sais te servir de cet engin hyper sophistiqué ou je devrais faire appel à un livreur pour commander des pommes de terre pré-épluchées? » Autant pour ses bonnes résolutions.


* parce que ton repas de samedi, haha ♥
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MessageSujet: Re: ❝ (...) enflammant de mon être la peine jamais éteinte. ❞   Lun 28 Nov 2011 - 23:36




    « Au faite… c’est pour ça qu’elle a menacé de te mettre dehors ce matin ? Oui j’ai entendu ses petites menaces. A moins que ce soit parce que t’as ramené ou essayé de ramener une fille à la maison. La règle est stricte : ‘pas de personne du sexe opposé dans la même chambre que toi.’ Enfin je pense que c’est différent pour elle. Et c’est un peu vache pour toi, t’es adulte alors bon… »

    Compréhensive ? Moi ? Voyons non… il ne s’agit que d’un fait ! C’est vrai après tout : Hunter n’est plus un gamin, c’est un adulte responsable – enfin ça, je ne sais pas trop – qui a été marié et non un adolescent insouciant. De plus, il n’est pas sous la tutelle de Charlotte, alors même s’il met en cloque une fille, elle n’aurait rien à voir là-dedans, Hunter se débrouillerait tout seul. Voilà pourquoi je trouve injuste qu’il ne puisse pas ramener de filles à la maison. Enfin peut-être que la raison de ma tante est toute autre. Si ça se trouve, elle ne veut pas simplement que sa maison devienne un bordel, un lieu de débauche ou Monsieur ferait entrer et sortir une certaine quantité de nanas après s’être envoyé en l’air. Ca peut se défendre comme point de vu, sans compter qu’elle doit penser qu’elle a une adolescente chez elle et que se serait un très mauvaise exemple, voir une mauvaise influence pour elle, autrement dit : moi. Je peux comprendre les deux parties mais j’aurai plus tendance à me ranger du côté de Hunter, sachant que je ne suis pas influençable et que j’en ai rien à faire de la façon dont il passe son temps !

    « Il faut croire que nous sommes tous un peu espions à nos heures. C’est une habitude, chez toi, de te cacher pour écouter les conversations des adultes? »
    « J’habite ici j’te signale. J’ai entendu en venant à la cuisine. Comme si j’avais besoin d’espionner ta vie… »

    Mais c’est qu’il a l’air de complètement se foutre de ce que je lui raconte ! En plus il me traite comme une gamine. A mort les gentillesses ! Si Charlotte me demande, tout ce qu’il pourra faire sera quelque chose de perturbant pour moi !

    « Préparation maison, ça te tente? Ne t’en fais pas, j’éviterai le poison. Le venin de ta langue l’annihilerait de toute façon. » Pas vraiment, mais de toute façon il semble avoir pris sa décision… Déjà debout, il sort quelques billets de son porte-monnaie et les met dans le pot. « Au cas où ta tante connaîtrait aussi par cœur sa réserve de nourriture. »

    N’importe quoi… je lève les yeux au ciel tandis qu’il va à la cuisine, juste le temps pour moi de remettre l’argent que je viens d’enlever du bocal et de pendre celui qu’il vient de mettre pour le glisser dans une des poches de mon jean en haussant les épaules plus pour moi que pour lui. Bah quoi ? S’il a de l’argent à claquer pour rien, autant que ça me serve non ?

    « Pas de coke pour relever le goût du repas, par contre. Tu m’excuseras de me montrer radin, je suis en rupture de stock depuis quelques années. »
    « Super… moi qui pensais que je pourrais peut-être m’amuser au moins une fois en ta compagnie, c’est foutu. »

    Ca c’est juste pour le faire chier, soyons honnête et il a du le remarquer. Je ne me drogue pas, je n’ai jamais touché à ce genre de chose… pour l’instant, j’ignore ce que l’avenir me réserve encore. En attendant, je laisse le squatteur de sous-sol se débrouiller avec le réfrigérateur et les placards. S’il cherche quelque chose de précis, il est assez grand pour le trouver sans que je lui apporte mon aide spontanément. En faite, je ne sais pas trop quoi faire exactement. Monter dans ma chambre et attendre que tout soit prêt ? ou m’installer pour le regarder se dépatouiller tout en faisant quelques commentaires à intervalle régulier ? La seconde option me parait la meilleure. Quelle erreur ! J’aurai mieux fait de monter me distraire dans ma chambre au lieu de rester pour me foutre de lui ! Résultat je me retrouve avec un éplucheur sous le nez, les pommes de terres non loin ne réclamant qu’à perdre leur peau. Fait chier.

    « Tu sais te servir de cet engin hyper sophistiqué ou je devrais faire appel à un livreur pour commander des pommes de terre pré-épluchées ? »

    Une sorte de grognement vibre dans ma gorge. Je n’aime pas le ton qu’il emploi avec moi. Peut-être parce que ça fait longtemps qu’on ne m’a pas parlé comme ça… J’attrape l’éplucheur en lui arrachant presque des mains. Non mais pour qui il se prend ?

    « Je ne suis pas une demeurée ! Je sais me cuisiner figures-toi. C’est juste que je n’aime pas ça. »

    C’est presque involontairement que je baisse les yeux. Les fois où j’ai cuisiné, c’était avec ma mère. Je n’ai jamais plus touché à une casserole depuis sa mort et je n’en ai pas envie ! C’est pour ça que Charlotte s’occupe des repas seule et que lorsqu’elle rentre tard, je me fais livrer. Mais qu’est-ce que ça peut bien lui faire à ce crétin ? Une leçon s’impose selon moi ! Je me met à éplucher ses foutues pommes de terres et j’attends sagement qu’il s’approche suffisamment de l’évier pour… me servir un peu de ma magie. Le robinet gronde bruyamment et d’un coup, un jet d’eau sort éclaboussant la chemise à on ne sait pas combien de Monsieur Hunter. Je ne manque de rire et d’y aller de mon petit commentaire…

    « Même pas fichu de fermer correctement un robinet d’eau… il est beau le cuistot ! »

    Bah oui, autant lui mettre la faute sur le dos en prime ! Je prend mon air innocent et je continu mon petit travail avec les pommes de terres jusqu’à la dernière. Je soupire, vraiment je n’aime pas ça.

    « Sérieusement, ça fait combien de temps que tu n’as mangé une bonne pizza ? J’imagine depuis que tu as quitté la ville. Après ça, ça a dû être grand restaurant et compagnie. »

    en faite, je m’en fiche pas mal. J’essaie de faire… la conversation ? Tiens, c’est inhabituel. Tellement que cela me distrait complètement et qu’en prenant le couteau pour découper les patates, j’arrive à me débrouiller pour me couper. Se n’est pas profond, du moins je tente de m’en convaincre alors que le couteau tombe dans un raisonnement au sol. Je regarde ma main et je me sens subitement mal… le sang… je l’ai en horreur depuis cette fameuse nuit.




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MessageSujet: Re: ❝ (...) enflammant de mon être la peine jamais éteinte. ❞   Sam 3 Déc 2011 - 3:32

« Super… moi qui pensais que je pourrais peut-être m’amuser au moins une fois en ta compagnie, c’est foutu. »

Hunter s’était crispé en entendant sa réplique et avait suspendu son geste l’espace d’une seconde, interloqué. Il faisait face au réfrigérateur à cet instant, heureusement, et la porte ouverte masquait efficacement son immobilité passagère. Mais.. elle plaisantait. Forcément. Charlotte s’était effectivement montrée intraitable sur le sujet lorsqu’elle lui avait proposé de le loger temporairement, avec une maladresse visible mais les yeux brillants d’une volonté farouche et… touchante. Comme à l’époque de son adolescence, durant laquelle elle l’avait recueilli à de nombreuses reprises, avait couvert ses frasques, l’avait soutenu en dépit de tout. Avec du recul il n’était pas certain que cette attitude était judicieuse : en encourageant son idylle aveugle elle avait laissé libre court à ses autres vices, soit l’abus d’alcool et la dépendance outrageuse à la drogue, ce qui n’avait fait que le pousser au fond du gouffre. Et pourtant c’était paradoxalement ce qui avait construit la confiance qu’il éprouvait à son égard. Il savait qu’il pouvait compter sur elle dans les pire comme dans les meilleurs moments, mais à présent, il savait surtout qu’elle ne referait pas les mêmes erreurs et ne lui permettrait pas de retomber dans ses anciens travers : elle avait été claire à ce sujet et, quelque part, ça le rassurait. Elle, son regard soupçonneux qui le connaissait trop bien, ses règles à la noix ― c’étaient autant de garde-fous qui l’aidaient à marcher droit, à respecter les promesses qu’il s’était faites à lui-même quelques années plus tôt. Alors non, il ne pouvait définitivement pas croire que la nièce de Charlotte, qui vivait sous le propre toit de cette dernière, ait pu toucher un jour à la drogue. Ces réflexions durèrent deux secondes, le temps pour Hunter de retrouver un calme qu’il n’avait même pas eu conscience d’avoir perdu, et de se rendre compte qu’elle plaisantait. Sujet sensible : il n’aurait tout simplement pas dû la suivre sur ce terrain-là. Elle n’avait fait que rebondir sur sa propre remarque, pouvait-il vraiment s’attendre à ce qu’elle joue les raisonnables? Non, visiblement elle était plus du genre à répliquer jusqu’à avoir le dernier mot. Et quelque part c’était assez… amusant. Pas ridicule, non, elle le mettait juste dans une situation qu’il n’avait plus vécue depuis longtemps, lui qui s’était atrophié en ne fréquentant que des hommes et des femmes dont l’unique passe-temps consistait en des ronds-de-jambes verbaux et des compliments obséquieux. Il se sentait presque vieux et rabat-joie face à cette peste qui parlait comme les mots lui venaient, sans se soucier de lui complaire ou non. Voire même en s’assurant de lui déplaire. Il profita du fait qu’elle n’avait pas tenté de prendre la fuite à l’idée de la préparation du repas pour lui refiler une partie du travail ― à vrai dire, il n’envisagea pas un seul instant qu’elle ait pu croire qu’il allait simplement s’installer aux fourneaux et lui mijoter de petits plats. Quand même!

Elle gronda lorsqu’il lui tendit l’éplucheur, l’accompagnant d’un sous-entendu sympathique à propos de sa potentielle absence de talents en cuisine. La réaction tira à Hunter un haussement de sourcil inquisiteur. Furieuse de devoir contribuer? « Je ne suis pas une demeurée ! Je sais me cuisiner figures-toi. C’est juste que je n’aime pas ça. » … Eh bien tout compte fait ce n'était visiblement pas la raison, à entendre sa réponse ― et à voir la façon dont elle le lui arracha de la main. Elle était seulement vexée. La façon dont elle baissa les yeux par la suite fut la seule chose qui trahit le fait qu’elle ait frôlé un sujet épineux bien que les mots, en soit, étaient plutôt banals. C’était la deuxième fois qu’elle faisait référence à son passé, paraissant d’un coup plus fragile avant de parvenir à se reprendre. C’était peut-être la preuve qu’elle s’était obligée à porter trop longtemps un poids trop lourd pour elle dans le plus parfait silence. Il pouvait l’ignorer, ce n’était pas comme s’ils étaient suffisamment proches pour qu’il s’intéresse à ses malheurs. Et elle-même ne faisait pas montre du moindre respect vis-à-vis des siens. Elle avait clairement toutes sortes de préjugés à son sujet, qui l’agaçaient sans qu’il ne trouve pour autant l’intérêt de démentir. C’était bien la preuve qu’il se fichait d’elle comme d’une guigne.

Il ne put pourtant s’empêcher de lui jeter un coup d’œil en coin. Était-ce à cause de la manière dont ses cheveux retombaient en une sombre cascade de part et d’autre de son? De cette mimique inconnue sur un visage trop familier, brodée de quelque chose qui ressemblait à s’y méprendre à de la nostalgie? Ou avait-il simplement l’impression de le devoir à Charlotte? L’élément déclencheur n’avait pas beaucoup d’importance au final : seule comptait l’envie de hunter de dire quelque chose… tout compte fait. Kessy, elle, aurait relevé le menton et les aurait sûrement plantés là, lui et son fichu éplucheur. Une marque de réconfort aurait été mal venue, elle n’avait pas tenté de lui livrer ce qui la tracassait. S’il lui proposait de lui servir d’oreille attentive, le résultat serait catastrophique : soit elle l’enverrait clairement voir ailleurs pour un laps de temps indéterminé, soit (et c’était tout de même moins crédible) elle accepterait et ferait de lui le réceptacle de jérémiades qu’il était certain de ne pas vouloir entendre. « Ça ressemble à une activité anodine, mais tout peut sembler différent selon les circonstances et la personne avec laquelle on s’y met. lâcha-t-il d’un ton placide pour masquer la maladresse avec laquelle les mots lui venait. À tous les coups c’était ainsi parce qu’il avait essayé de faire un bon geste. Quelle idée stupide, quand même! J’ai aussi détesté ça, pendant longtemps. » ― conclut-il sans trop s’attarder, la voix à peine plus roque tandis qu’il pensait brièvement à son enfance. Il lui tourna le dos, profitant de devoir rincer les pommes de terres pour pouvoir mettre un terme au sujet. Mais de façon inexplicable, le robinet émit un son inquiétant alors qu’il venait de l’éteindre, et son embout réglable se redressa alors même qu’un jet puissant en jaillissait, éclaboussant copieusement Hunter. « Même pas fichu de fermer correctement un robinet d’eau… il est beau le cuistot ! » Encore sous le coup de la stupéfaction, il eut le réflexe puérile d’ouvrir la bouche pour se défendre et affirmer que ça ne pouvait pas être lui, puisqu’il était certain de l’avoir éteint correctement, mais se rattrapa juste avant que les mots ne quittent ses lèvres. « Ou alors ce sont tes ondes négatives qui détraquent tout ce qui se trouve dans cette maison. Je suis sûr que ce robinet fonctionnait correctement quand tu ne trainais pas dans les parages. Si ça se trouve tu as un don inavoué pour les malédictions? » ― lâcha-t-il finalement avec aigreur en se libérant les mains pour éloigner le tissu trempé ― bordel, glacé! ― de son torse. il s’éclipsa quelques instants pour changer de haut, et revint une fois revêtu d’un t-shirt plus confortable. Et sec. « Sérieusement, ça fait combien de temps que tu n’as mangé une bonne pizza ? J’imagine depuis que tu as quitté la ville. Après ça, ça a dû être grand restaurant et compagnie. », demanda-t-elle alors qu’il apparaissait en haut des marches et venait s’appuyer à la table devant laquelle elle se trouvait. Encore un peu agacé, il eut envie de se contenter d’un « ça t’intéresse? » grognon mais régula ce réflexe. Ce n’était pas comme si elle pouvait être responsable de cette histoire de robinet défaillant, sérieusement. Inutile de faire passer sa mauvaise humeur sur elle juste quand elle se décidait à parler sans animosité. il pouvait faire un effort à son tour. « Je n’aime pas la pizza, fut la réponse qui lui échappa, et il se traita intérieurement d’idiot ― le concept d’efforts était plus difficile à appliquer qu’il ne le pensait dès lors qu’il se retrouvait à parler, de près ou de loin, de lui et de ses préférences. Il se racla la gorge, cherchant les mots pour expliquer cette déclaration un peu trop catégorique. C’est… gras. Brillant. À bien y réfléchir, c’était la phrase que lui avait sortie sa belle-mère le jour où il avait proposé qu’ils en commandent. Elle l’avait assortie de cette moue écœurée qui gonflait légèrement ses lèvres constamment peintes d’un rouge vif. Plus tard, Hunter s’était fait un plaisir de déserter la table familière, préférant passer ses soirées en compagnies de Kessy et Whilem dans des bistros ou des fast-food très éloignés des restaurants chics que sélectionnaient généralement ses parents. Il s’était accordé un régime fait de pizza, de sandwichs, de frites, de hamburgers, et le goût de la malbouffe lui avait paru curieusement semblable à celui de la liberté. Disons que c’est un peu comme toi avec la cuisine, conclut-il finalement, incapable d’exprimer de façon plus juste ce que lui inspirait cette époque révolue. Pour une raison ou pour une autre, Casey était tétanisée et avait l’air… pâle. Est-ce que ça va..? Il se rapprocha d’elle, se demandant ce qui pouvait bien expliquer son calme soudain, à l’instant même où elle lâcha sa prise sur le couteau et le laissa choir lourdement au sol avec un bruit métallique. Arrivé devant elle, il finit par remarquer la main qu’elle tenait devant elle et regardait fixement ― elle s’était juste coupée. Ça n’a pas l’air profond, commenta-t-il avec désinvolture, soulagé de voir qu’il ne s’agissait rien de grave. Il s’apprêtait à retourner à ses activités lorsqu’il la vit cligner des yeux d’un air éthéré, comme sur le point de faire un malaise. Hey ― il lui attrapa une épaule d’une main pour la pousser doucement vers l’évier et utilisa l’autre pour lui faire relever le menton, le maintenant du dos de l’index de façon à garder son regard planté dans le sien. Ce n’est rien de grave, d’accord? Ces derniers mots avaient été prononcés d’un ton assuré et avec un sourire apaisant. Il espéra que le fait de se concentrer sur autre chose ― lui, en l’occurrence ― lui permettrait de retrouver ses esprits pendant qu’il rallumait l’eau et y plongeait sa paume blessée. Le sang se dispersa, et le liquide incolore se teinta l’espace d’un instant d’un rouge dilué avant d’en faire disparaître toute trace. Et voila. Sous le coup d’une impulsion, il écarta soudainement ses doigts trempés de façon à ce que les gouttes pleuvent sur le visage encore un peu blême de la jeune femme. Petite vengeance par rapport au fait qu’elle s’était moqué du fait qu’il se fasse arroser un peu plus tôt. Tu es de nouveau avec moi? » Cette fois son timbre était amusé, mais pas moqueur ― juste sincère, bien qu’elle ne saisirait probablement pas la nuance si elle était sur la défensive. Et soudain il se rendit compte de leur proximité. Et du fait qu’il lui tenait encore… il relâcha son épaule comme s’il était brûlé; une fugace douleur transparut sur ses traits, puis laissa place à son habituelle expression figée en un clin d’œil, comme si la précédente n’avait été qu’un bref instant d’égarement. Charlotte avait été claire, il devait faire attention avec Casey. Et à sa ressemblance trompeuse avec la femme qu’il avait aimée de tout son être.
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MessageSujet: Re: ❝ (...) enflammant de mon être la peine jamais éteinte. ❞   Lun 12 Déc 2011 - 2:52




    Le coup du robinet m’a bien amusé ! Le voir trempé et vexé me donnait un sentiment de satisfaction. Ca c’est pour les pommes de terre ! et pour sa tentative pourrie d’essayer de me faire aimer la cuisine. Comme si cette activité dépendait de la personne avec qui on la pratiquait… dans ce cas, qu’il me redonne ma mère ! Abruti même pas fini ! Si à mon petit tour, il est allé se changer. Il a peur d’attraper froid monsieur l’avocat ? Petite nature vas ! Du coup, j’ai eu le temps de m’occuper de ses précieuses pommes de terre et lorsqu’il revint, je lui demandais, juste pour l’ennuyer, « Sérieusement, ça fait combien de temps que tu n’as mangé une bonne pizza ? J’imagine depuis que tu as quitté la ville. Après ça, ça a dû être grand restaurant et compagnie. » « Je n’aime pas la pizza, C’est… gras. »

    Un rire sonore m’échappa. Tout ce qui est bon est gras ! C’est le principe même de la cuisine ! Plus c’est gras, meilleur c’est ! « Disons que c’est un peu comme toi avec la cuisine. » Aucun rapport pauvre imbécile ! Comme si j’avais fait une overdose de ma mère ! Pauvre… espèce de… sale… Je crois que c’est à force de m’énerver toute seule que j’ai réussi à me couper avec le couteau. La vue, la couleur, l’odeur du sang… tout ceci me tétanise complètement. Je me sens mal. Je crois que je vais vomir, ou alors tourner de l’œil. Ca ne va pas, ça ne va pas du tout ! « Est-ce que ça va..? » Non ! Pauvre débile sans cervelle ! Ca se voit bien, non ?! Mais impossible de lui hurler dessus comme je le voudrais, ma voix est coincée dans ma gorge, je suis tétanisée. Du sang. Rien au monde ne me répugne plus. Il me rappelle inévitablement la nuit où mon père a décidé de décimer sa propre famille… ma famille. Du carnage qui avait eu lieu, du sang au sol, sur les murs… s’échappant des corps sans vies de ceux que j’aimais. Et Lili, ma petite Lili…

    Le moment où je comprends que Hunter s’est rapproché et se tient non loin de moi, c’est lorsqu’il se met à parler. « Ça n’a pas l’air profound. »
    Je ne l’écoute pas. Sa voix résonne mais ses mots ne parviennent pas jusqu’à mon cerveau. Je suis complètement absorbée par cette plaie ouverte de laquelle mon sang s’écoule. « Hey. » Une main s’abat sur mon épaule et j’ai une folle envie de hurler, de la repousser brusquement et de courir, fuir loin de… de je ne sais pas qui. Cette main me rappelle celle de mon père et j’en suis folle d’angoisse. Cependant lorsque son doigt trop délicat pour être celui de mon père soulève mon visage, ce n’est pas sur le sien que e tombe, mais sur celui de Hunter. « Ce n’est rien de grave, d’accord? » J’ai presque envie de le croire mais je reste paralysée et incapable d’oublier le sang qui souille ma main, ni même la douleur qui me lance. Pourtant j’ai déjà connue une douleur plus vive lorsque mon père a tenté d’abattre son couteau sur moi, que je me suis débattue et qu’il m’a méchamment entaillé l’omoplate. La cicatrice qu’il m’a laissé est encore douloureuse parfois. Je ne sais pas si c’est vraiment elle ou son souvenir.

    Je trésailles en sentant l’eau glacée couler abondamment sur ma paume ouverte. Mon regard quitte celui de Hunter pour se poser sur l’eau qui se colore et dissipe le sang de ma main. Je la fixe, comme fascinée, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus une trace. « Et voila. » Toujours figée, je cligne des yeux lorsque des gouttes d’eau éclaboussent très légèrement mon visage, mais suffisamment pour me faire reprendre pied. Je comprends qu’elles viennent des doigts de Hunter lorsque je tourne les yeux vers lui et que je vois son visage amusé. M’énerver ? Je n’en ai pas la force, je crois même que je ne sais plus très bien comment on fait.

    « Tu es de nouveau avec moi? »
    « Bi… bien sûr ! ce n’est pas une petite coupure de rien du tout qui va… qui… »

    Génial ! si je veux retrouver un peu de fierté c’est mal barré ! Je bafouille et en plus de ça, je tremble de la tête aux pieds ! Je me sens… vulnérable et je déteste ça ! D’autant plus que le comportement de Hunter ne m’aide pas à me sentir mieux. Sa main devenue réconfortante sur mon épaule la quitte d’un geste brusque, comme s’il avait peur d’attraper une quelconque maladie en me touchant et l’expression de son visage n’est pour moi que celui de son dégoût. Je lui tourne brusquement le dos pour qu’il ne puisse pas me voir, je sers les poings malgré la douleur que cela engendre à l’une de mes mains et je quitte la cuisine.

    « Je vais mettre un bandage. »

    C’est tout ce qu’il aura comme explication. Encore faut-il qu’il en ait voulu une ! Je monte à une vitesse folle les escaliers, ayant retrouvé une parfaite mobilité de mes jambes. Je vais dans la salle de bain et je prends bien soin de fermer la porte derrière moi. J’ouvre l’armoire à pharmacie et je trouve rapidement de quoi me bander la main. Je la prends, je referme l’armoire et le miroir incrusté à la petite porte me renvoie mon image. Mes lèvres tremblent et mes yeux deviennent vite humides. Non ! Je ne pleurerais pas !
    Je m’assoie sur le rebord de la baignoire et j’entreprends de me faire mon bandage. Je le fais doucement, vraiment doucement. Je suis concentrée sur ce que je fais… jusqu’à ce que quelque chose de mouillé tombe dessus. Je sais ce que c’est… et je n’ai plus la force de lutter, de les refouler, alors je me laisse aller et je pleure. Je déverse toute cette tristesse, cette peur, cette amertume et toute cette colère. Quand arrêterais-je de souffrir ? Je crois que cela n’arrivera jamais. Et le comportement des autres – de certains – continu de me blesser. Je sais pourquoi Hunter a réagi cette manière, il ne faut pas être sortir de Harvard pour ça. Il a chercher à me venir en aide sur le coup mais quand il s’est rappelé qui j’étais, ce qui était arrivé, il s’est éloigné comme si j’étais la chose qu’il devait éviter le plus au monde. Il doit penser comme les autres au début : que je suis coupable au même titre que mon père, que je l’ai aidé… ou alors il doit avoir peur que je sois une malédiction ambulante, qu’avec moi, c’est la mort assurée. Je me croyais blindée, mais je ne le suis pas tant que ça au final.

    Je dois bien passer cinq voir dix bonnes minutes à me laisser aller avant de me reprendre. Je passe un coup d’eau sur mon visage avant de l’essuyer pour effacer toutes traces de larmes mais mes yeux rougis ne trompent pas, du moins j’espère que Hunter ne le remarquera pas. Je redescends et arrivée en bas de l’escalier, je prends une grande inspiration avant de retourner dans la cuisine. Je reste silencieuse lorsque je traverse cette dernière, me rendant au réfrigérateur. J’ouvre la porte et j’en sors une petite bouteille d’eau. Je dévisse le bouchon, porte la bouteille au niveau de mes lèvres mais je m’arrête au dernier moment et je dis d’une voix plutôt basse : « Du poivre. » Je comprends seulement après quelques secondes que ce que je viens de dire n’a pas vraiment de sens lâché comme ça, alors je m’explique en fixant la bouteille. « J’aurai dû mettre du poivre. Quand on se coupe aux mains, surtout aux doigts en faite parce qu’ils saignent beaucoup, il faut mettre du poivre sur la plaie pour que ça s’arrête de saigner, ça coagule… je crois. C’est le bouché de ma mère qui lui avait dit. »

    C’est complètement stupide comme discussion ! Mais là… je ne sais plus trop quoi dire.




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❝ (...) enflammant de mon être la peine jamais éteinte. ❞

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